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Culture (anthropologie)

Le mot culture est aussi un concept d’origine romaine (colere), qui signifie cultiver, prendre soin, demeurer, et rappelle une posture de « tendre souci ». Dans La Crise de la culture, Hannah Arendt écrit que le sens romain du terme culture renvoie « primitivement au commerce de l’homme avec la nature, au sens de culture et d’entretien de la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine. » (H. Arendt, La Crise de la culture, Paris, Gallimard, 1972, p.271) Le mot culture est solidaire de la nature dans la vision romaine, justement parce que la terre et  l’agriculture sont hautement considérées  à Rome.
Les Romains ont adopté la version agricole en écho à un mode de vie agricole, et à une mentalité de souci et de conservation du monde. « Le grand art et la grande poésie romains sont nés sous l’impact de l’héritage grec que les Romains, mais jamais les Grecs, surent soigner et préserver » (H. Arendt, La Crise de la culture, Paris, Gallimard, 1972, p.271).
Si les Grecs considéraient  le travail  de la terre comme une simple technique de fabrication, un simple artifice ingénieux qui ne pouvait en aucun cas atteindre le niveau des arts, les Romains voyaient dans l’art une simple espèce d’agriculture, une culture de la terre. Tandis que la culture chez les Grecs est avant tout un travail de l’esprit sur la terre et sur les différents éléments qui la composent, les Romains considèrent que la vraie création est celle qui vient naturellement de l’alliance et du souci d’entretenir la terre. Deux matrices qui vont marquer les différentes approches du concept de culture.
La version agricole romaine du concept reste d’usage jusqu’au milieu du XVIè siècle, où elle commence à signifier une faculté à améliorer, en se rapprochant ainsi de la version intellectuelle grecque. Un décrochage s’opère entre la culture et la terre pour, d’une part, désigner les choses de l’esprit, et d’autre part introduire des compléments d’objet : « On parlera ainsi de la « culture des arts », de la « culture des lettres », de la « culture des sciences », comme s’il était nécessaire que soit précisée la chose cultivée » (D. Cuche, La Notion de culture dans les sciences sociales, Paris, La Découverte, 2001, p.8).
L’usage du mot culture au singulier s’imposera progressivement aux XVIIIè et XIXè siècles avec l’apparition de l’anthropologie, qui propose d’étudier l’homme « âme et corps ». En réaction aux définitions qui présentaient les cultures non occidentales comme des non-cultures, les anthropologues, considèrent la culture comme un bien universel, inventé par chaque groupe humain pour reproduire le genre humain : entrer en échange avec la nature, inventer des explications pour la comprendre, ériger des dieux et des croyances, inventer  des codes sociaux pour garantir un vivre-ensemble, sont autant de signes d’appartenance des hommes au genre humain. Ainsi Edward Burnett Taylor (1832-1917) a-t-il donné une définition du mot culture qui reste incontournable. La culture, écrit cet anthropologue britannique, est un « ensemble complexe incluant les savoirs, les croyances, l’art, les mœurs, le droit, les coutumes, ainsi que toute disposition ou usage acquis par l’homme vivant en société » (P. Bonte et M. Izard, Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Paris, PUF, 1991).
Aujourd’hui, quel que soit le type de société considéré, il est question de comprendre le lien entre les particularismes locaux et l’unité du genre humain. Les sciences sociales, y compris l’anthropologie sont victimes d’un découpage en rondelles et chacune aborde la culture selon une lecture qui cherche à valoriser son domaine. Un émiettement généralisé pose des obstacles devant la définition du concept de culture, car chaque science le réduit à ce qu’elle veut lui attribuer comme sens pour légitimer son point de vue. D’où la nécessité de rappeler que la culture est le fait de l’homme, et qu’elle le précède comme un alphabet, comme des parents, elle est déjà-là avant qu’il soit né, elle est le déjà-là.
La culture c’est l’ensemble des conditions qui permettent à l’homme de féconder de l’humain. Dans la culture, il est question de fécondation humaine. Une fécondation qui est déjà-là dans le theros, le sperme du andro, l’homme guerrier qui, une fois initié grâce à la culture, commence à voir l’humanité des autres, l’humanité de son espèce. Ainsi l’histoire de chacun peut devenir une histoire commune, une histoire culturelle de tous.