Crise : “ Les petits patrons ont le blues ” (La Nouvelle République, 06/05/2009)
C'est un effet étonnant de la crise : les psychanalystes constatent une augmentation des consultations de “petits” patrons depuis deux mois.
"Je ne vais pas bien et plutôt que de faire une connerie, je vous ai téléphoné…Cette confidence est tirée d'un échange entre le psychanalyste Frédéric Gérard et un chef d'entreprise du bâtiment. C'était la semaine dernière. « Il était dépressif, déprimé. La veille, c'était une femme, responsable d'une société de location de voitures.»
Interview de Frédéric Gerard, Psychanalyste de la F.F.D.P. et directeur de l'Institut Freudien de Bordeaux.
Frédéric Gérard : « Il y a beaucoup de culpabilité chez les petits patrons. Ils s’inquiètent pour leurs salariés ».
La Nouvelle République : Deux « petits » patrons, deux cas isolés ?
Frédéric Gérard : « Je suis bien obligé de reconnaître qu'on reçoit beaucoup de chefs d'entreprise en consultation, des petits artisans ou patrons de PME. C'est une situation inédite et qui est générale à l'ensemble de mes collègues. Ce mouvement de fond aurait débuté il y a environ deux mois au moment des mouvements sociaux assez durs. »
L.N.R. - Pourquoi consultent-ils ?
F.G. - Ils viennent plus discuter que suivre une pyschanalyse. Ils sont démotivés et tentent de savoir s'ils font les bons choix. Il y a beaucoup de culpabilité chez ces “ petits ” patrons. Ils s'inquiètent pour leurs salariés, des visages humains qu'ils connaissent. »
L.N.R. - Est-ce seulement un dommage collatéral de la crise ?
F.G. - « Pas seulement. C'est une période très particulière que nous vivons. Il y a la crise réelle pour ceux qui sont licenciés et la crise psychique à force d'en entendre parler. Il y a un repli sur soi logique. Quand le “ petit ” patron doute dans son travail, il n'est pas bien dans son couple, sa sexualité, avec ses enfants. Le seul moyen de sortir de cette spirale, c'est de redonner confiance aux gens. »
L.N.R. - Comment redonner confiance ?
F.G. - Tant qu'on ne lèvera pas des interdits, les gens n'auront aucun moyen d'évacuer le mal-être et la violence. Il y a les interdits d'État et ceux qu'on s'impose. Il faut lâcher du lest, les gens doivent se faire plaisir. Aujourd'hui, toutes les pulsions sont inhibées. Dans une société, plus on interdit, plus on réveille l'animal qui sommeille en l'homme. Et donc sa violence. Si cette situation perdure, il y aura des mouvements sociaux de plus en plus durs, de plus en plus violents.

