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La psychanalyse "naturellement" subversive... Divan terrible !

Eric Ruffiat, directeur de l'IPN (Institut de Psychanalyse Nîmois) est un homme passionnant. Sn discours comme la matière qui l' occupe, le cœur de l' humain (inconscient compris, évidemment) ne vous lâche plus. Il travaille la réflexion, vous amène de manière brillamment associative sur divers chantiers et territoires de l' être qui iquelque parti (tic linguistique psy obligé) se rejoignent...

Article paru dans : La Marseillaise du vendredi 10 septembre 2004

Pas étonnant, alors, que cet esprit qui met le Sujet à l' horizontale ait été remarque des verticales hauteurs scientifiques et soit en voie d' être finalement reconnue demain samedi 18h30 au Château de Beauregard par le prix Jean Rostand.

La rencontre de ce psychanalyste ouvre sur la richesse de la complexité, la pertinence des paradoxes. La discussion démarre donc très fort avec en ombre tutélaire le père de la psychanalyse, Sigmund Freud.

- Il est donc possible d' enseigner la psychanalyse dont la raison d' être semble pourtant être le passage par la cure.
- La cure reste bien sûr privilégiée. L' orthodoxie réclamée, ne m' empêche pas pour autant d' être partisan d' éventuels aménagement qui sont le prix à payer du possible, de l' efficacité. Cela ne signifie pas que l' on se pose en comportementaliste. Ceci dit, l' aspect prioritaire de la cure, ne générer pas non plus une incompatibilité avec l' accèsà la théorie, un accès qui à l' IPN n' est pas barré par l' absence de diplômé. En quoi un diplôme représenterait un code de morale ? On n' est pas obligé d' être bachelier pour avoir envie de comprendre l' économie humaine, les pulsions, le fonctionnement de l' inconscient. Nous sommes tous plus que jamais concernés par cela. Et si le diplôme ne donne aucune garantie quand à la qualité de l' oreille d' un psychanalyste, le support théorique est cependant dans un cadre comme l' IPN, une nécessitée. On se sent nettement plus libre lorsque l' on se soutient d' une solide formation.

- C' est ce désir là qui vous a donc amené à tenir ce pari qui ne paraît pas évident à première vue : la création d' un institut de psychanalyse à Nîmes ?
- Pas évident, en effet et il faut pas mal croire à ce que l' on fait lorsque l' on commence à ouvrir les portes d' uneécole avec 9 élèves, dans une maison d' habitation du quartier Beausoleil. Il faut savoir qu 'un des critères de la profession est la bonne santé car il faut suivre régulièrement ses patients, l' efficacité venant justement de la rigueur dans la régularité. J' ai ainsi appris à gérer, sinon à guérir mes migraines, pour l' essentielle raison de la disponibilité.

- Question béotienne : psychanalyse est un vrai métier ? Vous avez quelle formation ?
- Métier à part entière avec des critères aussi spécifiques soient-ils. La psychanalyse est aussi pour faire reculer la question , un art majeur au carrefour de la culture et de la science. De la culture, par ses valeurs humaines, par les valeurs humaines, l' état d' esprit, car elle interroge et la nature de l' homme et le sens des choses. Vous ne pouvez guère prétendre à cette pratique, si vous n' avez pas fait ce type de parcours très personnel, une initiation. Il faut être soi-même Sujet (le contraire objet) pour comprendre, et faire advenir l' état de Sujet. Je suis fier d' exercer ce métier qui donne une véritable profondeur à la vision, à la connaissance du monde, qui permet d' accepte en souplesse l' entrée de certains paradoxes, de contradictions certaines.

Ma formation est classiquement universitaire. C' est toutefois dans la spécialisations des études de psychologie, alcoologie et toxicologie, où l' on voit s' installer la dimension addictive, que s' est ouvert pour moi le champ de la recherche. Parallèlementà ces études, je menais et vivais, bien sûr, le cursus psychanalytique, la seule formation dont les spécialistes peuvent se prévaloir mais qui porte, c' est le riche enseignement de la profession, plus les ferments du doute que les catégoriques arguments de la certitude. reste à se conforter en sachant que le doute n' est pas vide mais, pour le moins, les promesses d' un plein.

- De la maison du quartier Beausoleil à l' IPN de la route de Caissargues, du chemin...
- En effet. Ça a été dur car tout à été privé depuis le début mais je n' ai pas de dettes, ce qui serait un comble pour un psychanalyste.

Je n' ai jamais une seule subvention, même lorsque le nombre d' élèves est passé à 120, signant l' exigence d' un agrandissement, d' une logistique importante. Depuis un siècle, les écrits de Freud remplissent les bibliothèques, les médecins ont d' autres objectifs que les premiers neurologues, les premiers aliénistes investit de façon enthousiaste dans une aventure qui posait les jalons de la découverte de l' inconscient.

Les bases de la théorie freudienne sont paradoxalement passées dans les pratiquent théorisées (Lacant étant un des plus célèbre théoricien).

- Théoricien terroriste...
- Si c' est effectivement le cas, une des réponses à cette terreur là c' est l' explication, non ?

Le premier programme officiel a été validé par Freud. La mise en place d' un programme commun sous la tutelle d' une fédération (freudienne des psychanalystes) dirige donc les instituts de Nîmes, Lyon, Aix, Arles, Avignon... Mais les gens qui cherchent l' estampille au sens trop réducteur du terme ne peuvent qu 'être déçus. En 10 ans, à Nîmes, une vingtaine de praticiens seulement se sont installés.

- Vous allez recevoir ce prix notoire. Qui était Jean Rostand ?
- C' est le fils du poète et romancier Edmond Rostand. Il a été ce biologiste préoccupé par les grands problèmes de l' hérédité. Il est auteur d' une œuvre gigantesque Peu de gens savent qu 'on lui doit le principe de la congélation du sperme. Il l'a testé sur un mode certes sommaire avant les américains (qui se sont eux servis de l' azote). Son truc, c' était sortir par une porte ou un autre de la pensée unique. il cherchait dans toutes les directions : avortement, nucléaire, clonage. C' était par ailleurs un grand humaniste très engagé à gauche, communiste, voir anarchiste. Venu d' un milieu bourgeois qu 'il exécrait, il a beaucoup œuvré pour le genre humain.

- Comment le prix est relié à la discipline psy et à vos travaux ?
- C' est une façon de ne pas l' inscrire exclusivement dans les sciences dures, l' enclaver dans une pensée unique. Mon travail qui est un condensé de l' ensemble d' un enseignement (plus de 1 500 pages) insiste l' angle psychosomatique. Mon intérêt se porte sur la névrose existentielle qui différencie la pathologie de l' angoisse, constituante de la nature humaine laquelle inclue le choix de renoncer aux pulsions primaires en acceptant les règles d' une société pas forcément adaptée (comme le marchand de chaussures où vous ne trouvez pas la chaussure qui colle parfaitement à votre pied).

Je suis en tout cas heureux de recevoir ce prix venant d' un humaniste. C' est encourageant de constater que mes idées sont partagées Ce prix ne m' apporte pas la fortune en espèces sonnantes, les symboliques 150 €, mais il m' a ouvert de nombreuses portes dont celle de la direction de la collection Galilée dans la petite maison d' édition du Lau où L'essentiel de la psychanalyse juste terminé, sortira le mois prochain, alors qu 'est en cours un dictionnaire efficace (la circulation des termes psy dans la vie courante) qui verra le jour en mai.

- La loi Accoyer, si elle n'a pas fait descendre les analystes dans la rue, les a fait entendre dans les colonnes de journaux. Ils ont le don de savoir pétrifier l' ennemi...
- Donner le titre de psychanalystes et de praticiens aux seuls psychiatres était une provocation. Un député communiste a d' ailleurs rappelé clairement que partout où la psychanalyse avait été interdite, réduite ou falsifiée, on se trouvait dans un état totalitaire. Quand les nazis ont annexé l' Autriche à l' Allemagne, leur premier acte a été d' ouvrir la maison d' édition de Freud pour tout brûler. Sous Staline, les psychanalystes recevaient leurs analysants en cachette. Même s' il y a une cassure entre la pratique analytique d' aujourd'hui et ceux qui se sont il y a plus d' un siècle aventurés dans les méandres de l' inconscient, la psychanalyse continue de porter en elle matière à subversion. C' est vraiment un contre pouvoir. Qui peut se targuer de fasciner l' adversaire en utilisant avec la matière grise de tous les intellectuels en alerte, une stratégie imparable, l' arme suprême et incontestable du zèle démocratique ?

Propos recueillis par M&J. Latorre.

Article paru dans : La Marseillaise du vendredi 10 septembre 2004

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