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L'histoire oubliée de La Vénus de Nîmes

  Dans son édition du dimanche 28 décembre 2008, Le Midi Libre consacre une page à la découverte de Eric Ruffiat, qui redécouvre la Vénus de Nîmes !

Son boulot comme sa passion préconisent de déterrer ce qui a été enfoui. Que ce soit dans les méandres de l'inconscient ou six pieds sous terre, il s'agit de se creuser le chou pour faire ressurgir un passé refoulé ou des vestiges archéologiques. Ce n'est sans doute pas un hasard si le psychanalyste Eric Ruffiat a vécu une sorte de Da Vinci Code local. Friand de livres anciens, il commande en août dernier sur internet, un ouvrage de 1880 au titre séducteur : La Vénus de Nîmes de Charles Lenthéric. (1) Au lieu d'une fiction, il découvre l'histoire d'une statue exhumée en miettes en octobre 1873 à près de deux mètres au-dessous du sol, de la rue Pavée (aujourd'hui rue Fernand-Pelloutier). Un sculpteur, Prosper Maurin, recolle avec art les 103 morceaux, rajoutant, ceux qui, hélas, manquaient. Même réhabilitée, la déesse nîmoise décrite par l'auteur apparaît admirable et troublante.

Mais où donc se cache ce bloc de féminité épanouie, existe-t-il seulement ? Eric Ruffiat ouvre l'enquête auprès de son entourage cultivé, de vieilles familles protestantes et d'une élève de son école, guide de la romanité. Personne n'a entendu parler de cette statue...

A Carré d'art ou aux Beaux-Arts non plus où il s'entend dire à l'accueil : « Mon bon monsieur, en ce moment les Vénus, elles sont à l'Espiguette. »
Il finit par se rendre au musée archéologique dans l'espoir de rencontrer la conservatrice, Dominique Darde, lorsque dans un coin de la cour, il aperçoit la Vénus, plus belle encore qu'il l'avait devinée. L'éblouissement cède vite à l'indignation : « Cette pièce magnifique de 1 800 ans gît sous un porche entre une sortie d'écoulement et un câble électrique, à la merci des outrages du temps ou d'un mauvais coup. » L'élu à la culture Daniel-Jean Valade et la conservatrice répondant que « le futur musée de la romanité sera un parfait écrin », lui fait penser à l'administrateur de Jules César du film Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, répliquant au peuple qui crie famine, « pour le moment nous ne pouvons rien faire, mais dès que nous le pourrons, nous ferons le double ».
Le taquin retour à la réalité de sa femme qui lui rappelle, « tu as juste découvert un truc qui est déjà dans un musée », ne change rien à l'affaire, Eric Ruffiat considère que c'est un crime de lèse majesté que de se priver d'un pareil atout. « Nos anciens l'avaient estimé à sa juste valeur, souligne-t-il, en lui offrant la Maison carrée. ».
Certes ce n'est ni la Milo ni l'Arlésienne, elle n'incarne pas moins Vénus beauté, une formidable usine à mythes et à fantasmes. Autant dire une manne touristique possible. Son chevalier fervent l'assure, cette jeune fille au coeur de pierre ne laisse personne de marbre.

René DIEZ
(1) La Vénus de Nîmes, Seguin frères, éditeurs.

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